PENROSE Valentine

La Comtesse Sanglante

 

Le château de Csejthe, perdu sur son haut pic rocheux, abandonné depuis deux cents ans, fut l’un des théâtres des méfaits sanglants de la comtesse Bathory.

Valentine Penrose nous propose de la suivre dans la Hongrie du XVI siècle pour tenter de mieux connaître cette femme aux moeurs quelques peu étranges. En 1729, un homme d’Eglise, Lazlo Turoczi écrit une monographie en se servant du procès et des interrogatoires, il le réimprimera en 1744.

D’autres écrits seront publiés par la suite mais cela reste assez sporadique. Peu de textes nous sont parvenus, quelques pièces d’archives, son blason et son portrait réalisé par un inconnu, l’original ayant disparu. Elle a alors vingt cinq ans, on découvre une femme à la beauté indéniable mais qui semble absente et où la mélancolie se devine dans son regard perdu.

Le portrait que nous fait l’auteur est moins poétique, elle décrit une femme froide, insensible aux frontières de la folie, sans religion mais éprise de mysticisme, narcissique. Mariée elle ne porte pas d’affection particulière a son mari et ses enfants, elle garde ses soins à torturer, son plus grand plaisir.

Son blason est composé de trois dents de loups emboîtés dans un os formant un E scindé par le dragon qui se mord la queue, symbole de la famille Bathory.

Ce nom vient de bajor (Bathore signifiant le courageux) car au XI siècle, deux frères se firent remarquer par leur prouesse guerrière, ils formèrent les deux branches, les Ecsed à l’Est et les Somlyo à l’Ouest. Cette famille est réputée pour sa bravoure mais également pour ses excès de violence et de lubricité.

Le livre de V. Penrose permet de découvrir les us et coutumes de cette époque où se mélange magie et religion. Les superstitions et les décoctions son très utilisées dans un pays où la renaissance italienne n’a pas encore laissé son empreinte.

Rodolphe II qui réside à Prague, est passionné par les sciences occultes et il est d’usage à sa cour d’user de plantes, de pierres et de rituels pour se protéger et se soigner. Cela n’est pas seulement l’apanage des sorcières qui péririons quelques années plus tard sous les feux de l’Inquisition qui auront gagnés les pays de l’Est.

Les arts sont le reflet de ce peuple de guerrier qui accorde la primauté à ce qui est fonctionnel. Au XVI siècle, les tsiganes apportent des chansons, de la joie et de la gaieté dans les châteaux rustres et moyenâgeux. La comtesse en possédait seize mais ses préférés étaient les plus sombres et les plus massifs, celui de Csejthe et Berzco situés à la frontière entre l’Autriche et la Hongrie. Elle pouvait s’y réfugier pour perpétrer ses horribles méfaits. La ville de Vienne montre peu à peu l’exemple des cours d’Europe avec un art de vivre plus raffiné et plus aristocratique.

Le 8 mai 1575, Erzebet se marie avec Ferencz Nadasdy, sa passion pour les champs de bataille l’emmène loin de chez lui ; déjà Erzebet utilise des filtres pour avoir des enfants et fait appel à deux sorcières Jo Ilona, sa nourrice et Dorko, femme robuste qui fait preuve d’une grand violence et s’applique à toujours satisfaire sa maîtresse !

Elle ne semble pas entretenir à l’égard de son mari de profonds sentiments et n’hésite pas à prendre des amants par jeu car elle se lasse toujours très vite. Son mari, valeureux guerrier, est lui-même impressionné par le caractère de cette femme qu’il aime passionnément. Pour lui, ces excès de violence sont sans gravité, sa femme doit se faire craindre et susciter le respect de ses serviteurs.

Il meurt le 4 janvier 1604 à 49 ans et peu de temps après ses funérailles, le pasteur devra enterrer de nuit plusieurs servantes du château. Mais le nombre ne fait qu’accroître et l’homme d’église refuse de continuer.

L’auteur insiste sur le fait que ses sacrifices étaient destinés uniquement à la préservation de sa beauté et n’avait aucun lien avec un culte sanglant.

La comtesse était obsédée par son apparence, elle changeait de tenue plusieurs fois par jour et se paraît de bijoux tout en observant son reflet dans un miroir en forme de bretzel pour qu’elle puisse le prendre dans ses bras de chaque côté.

Une histoire relate que durant une promenade avec un galant, elle lui aurait proposée d’embrasser une vieille femme. Il lui répondit que cela serait par trop horrible. La vieille femme la maudissant alors, lui rappela qu’elle serait bientôt comme elle.

Cette épisode dû marquer la comtesse qui fut d’autant plus résolu par la suite à trouver des solutions pour contrer le passage du temps. Cette obsession de garder le teint d’en extrême blancheur se retrouve dans nombres de cours, il est l’apanage des aristocrates oisifs et offre un charmant contraste avec le noir des vêtements.

Les poudres et les onguents permettent de cacher les imperfections de la peau souvent du à des maladies comme la petite vérole qui laissent des marques disgracieuses.

Les soucis de la comtesse ne sont pas exclusifs mais excessifs dans leurs remèdes.

Le jésuite Turoczi Laszlo écrivit dans sa monographie « son plus grand péché était de vouloir être belle ».

Sa maison de Vienne malgré son emplacement, en face du couvent des Augustins est un de ses lieux privilégiés pour la torture. Cette bâtisse, le n°12 Augustiner Strasse, abrite dans les caves une sorte de cage pourvue de lames qu percent la peau. La comtesse ou ses sorcières venaient brûler les filles qui y étaient enfermées et ensuite la comtesse s’asseyait en dessous pour recevoir le sang en pluie.

Erzebet exécutait de nombreuses tortures, et seuls ces traitements pouvaient soigner ses sauts d’humeur. Elle pensait que son nom et son rang la protégeaient contre tout jugement.

Plus elle désire obtenir un teint d’albâtre plus sa peau est rougit par le sang de jeunes filles qui périssent vidées de leur sang par ce terrible vampire qui aspire à une jeunesse éternelle.

Les descriptions sont riches dans ce livre et nous permettent de nous imprégner de la vie en Hongrie à cette époque, dans les châteaux où les nobles passent une grande partie de leur temps en festivités. C’est au cours de l’une d’elle que les menaces commencent à poindre pour la comtesse.

Le palatin Thurzo marie sa fille, Erzebet faisant partie de la famille est invitée et ne peut refuser, chose qu’elle fat très souvent. Elle s’ennuie car ses seules distractions sont les tortures. Après les affres du feu et des tisons, les servantes découvriront la morsure du froid et de la glace.

Elle conserve une liste avec tous les noms des jeunes filles et parfois étaient ajoutées des annotations. Elle connaît toutes les personnes qui travaillent pour elle et la moindre erreur peut être fatale pour la maladroite. Elle se souvient lors de ses colères qui punir.

Ses absences à la cour et les rumeurs commencent à peser lourd sur les esprits qui ne peuvent ignorer les disparitions et ce halo de mystères qui entoure cette beauté si froide.

Lorsqu’elle est rejoint par une sorcière Anna, connue sous le nom de Darvulia, le sang coule pour sa beauté mais aussi pour son plaisir dorénavant car elle va jusqu’à mordre les suppliciées.

Erzebet ne se sépare jamais d’un objet magique, la peau du crâne d’un bébé sur lequel est écrite une sorte de poème auquel elle accorde une grande importance.

Elle le perdra peu de temps avant son arrestation, ne bénéficiant plus apparemment de sa protection.

 

La prière d’Erzebet :

 

Aide-moi ô Nuages,

Ô Nuages, reste prés de moi ;

Protége moi.

Garde moi longue vie et invincibilité.

Envoie-moi, puissant Nuages, quatre vingt dix chats,

Je te l’ordonne, Ô Roi des Chats, je t’en prie.

Qu’ils se réunissent de partout où ils sont, des montagnes,

Des eaux,

Des toits,

De l’autre côté des océans.

Fais apparaître ces quatre vingt dix chats pour

Qu’ils meurtrissent et

détruisent

les cœurs

des rois et des princes

et aussi les cœurs

des professeurs et des juges,

Qu’ils ne me causent aucun maux.

Sainte Trinité, protége-moi.

 

 

* Traduit de la version anglaise de Raymond T. Mc Nally qui a rédigé quatre livres sur Dracula et dont le cinquième s’intitule, Dracula was a women, où il démontre les influences de l’histoire delà comtesse Bathory dans e roman de Bram Stocker.

 

 

 

Dès 1665, des problèmes financiers l’obligent à vendre des propriétés pour couvrir ses fastes.

L’année 1608 est marqué par un changement important du pouvoir, Rodolphe II abdique pour son frère Mathias qui croit contrairement à son prédécesseur à une église catholique dépourvu de magie et de science occulte.

C’est à cette même époque que la comtesse décide de faire construire par un horloger sa « vierge de fer ». Cependant le mécanisme complexe et le fait qu’elle ne puisse pas participer directement à la torture font qu’elle s’en désintéresse rapidement.

Darvulia meurt et elle est rapidement remplacée par Erza Majorava qui lui conseille d’utiliser un sang plus noble qui lui conviendra mieux car malgré ses soins, son corps se flétrit même s’il reste d’une incroyable fraîcheur pour son age et pour l’époque.

En décembre 1610, trente jeunes filles de petite noblesse sont tuées, il ne s’agit plus d’appliquer des punitions contre des écarts de conduite qui servaient de prétexte pour assouvir ses colères. Désormais, il s’agit de voler leur jeunesse en les mutilant avant pour flétrir leur beauté.

Erzebet a conscience que ces meurtres sont plus dangereux que les jeunes paysannes et elle prépare son départ vers la Transylvanie (le pays au delà de la foret) pour se rendre chez son cousin Gabor.

Une réunion du Parlement quelques jours avant Noël inquiète la comtesse, une trop grande concentration d’hommes important l’effraie quelque peu et elle décide de donner une réception pour se rassurer. Elle fait préparer un gâteau ensorcelé pour plier ces dirigeants à sa volonté. Cela échoue car étant prévenus, ils ne goûteront pas au dessert empoissonné.

Le piége se referme sur elle. Thurzo et le roi ont des preuves mais Erzebet pense que la loi sera de son côté, les seigneurs disposant selon leur bon vouloir de leurs domestiques. Ils repartent sans trop l’inquiéter. Pour fêter le départ de ses convives et surtout calmer sa fureur, elle torture trois jeunes filles. 

L’épuisement des festivités et des séances de tortures font que le nettoyage est remis au lendemain, cette négligence causera la perte de la comtesse.

Le 29 décembre 1610, Thurzo et les gendres d’Erzebet arrivent au château pour la surveiller mais ils découvrent alors les souterrains et le corps meurtris d’une des victimes comprenant ainsi toute l’horreur de ces lieu, théâtre macabre d’atrocités. Thurzo fait tout pour que le procès soit étouffé pour éviter que les noms des deux familles prestigieuses ne soient entachés.

Erzebet meurt oubliée de tous, enfermée durant trois ans dans ses appartements, ne se plaignant jamais de on sort, rodant telle en ombre.

L’auteur fait des parallèles entre l’histoire de la comtesse et celle de Gilles de Rais, elle démontre ainsi l’indulgence du procès qui se déroula en Hongrie par rapport à celui de France.

Cet ouvrage de Valentine Penrose conte l’histoire d’Erzebet Bathory en enrichissant son récit de détails historiques pour mieux cerner cette noblesse hongroise au courage exemplaire mais dont la violence et la dépravation ont donner naissance à des êtres extrêmement cruelles.

 

VD

-Valentine Penrose, La comtesse sanglante, Gallimard, 1962, 234p.

 

Autres ouvrages :

 -Maurice Perisset, La comtesse de sang, Pygmalion, Paris, 1975

- Jean Markale, L’énigme des vampires, Pygmalion, Paris, 1991 

 

 

 

 

 

 

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