Dracula

 

Dracula

 

Film américain de Francis Ford Coppola, sorti en 1992, durée 2h05

Il est important de noter que ce film est une adaptation, le scénariste apporte donc une part personnelle considérable. De ce fait l’assimilation Dracula /Vlad Tepes qui n’est que suggéré dans le roman est ici le fil conducteur de l’histoire.

De plus,  J.Hart, le scénariste,  a  décidé de nous montrer un comte des Carpates très romantique. Il base donc son film sur une histoire  d’amour est même si ce film se veut être le plus fidèle au roman de « notre » irlandais, il n’hésite pas à rajouter des scènes inexistantes dans le texte pour appuyer sa dimension sentimentale et mettre l’accent sur les passions humaines qui animent jusqu’à notre héros non mort.

Cette fidélité à l’ouvrage de Bram Stocker est poussée jusqu’à l’allusion des personnages et de leurs journaux intimes, le roman épistolaire n’étant pas facile à adapter, le résultat est des plus convaincant. Il ne faut pas oublier que dans le texte nous ne connaissons le  Comte qu’au travers des impressions écrites des différents protagonistes. Leur façon de le  percevoir est forcément différente

Cela se retrouve ici, Dracula est un gentleman pour Mina mais aussi un monstre  assoiffé de sang pour Lucy ou encore une chauve souris pour Van Helsing et les autres chasseurs de  vampires. Coppola insiste sur ce   personnage historique alors que Stocker ne fait que s’en inspirer; Dracula qui combat contre les Turcs, se voue aux ténèbres par amour pour sa femme,  Elisabetha.

Ce film est celui qui retranscrit le mieux cette atmosphère particulière de   romantisme décadent typique de la fin du XIX s. Les lieux où se déroulent l’action sont aussi bien retranscrit entre la Transylvanie, sombre, propice aux  superstitions et aux phénomènes extraordinaires ( tels que les flammes bleues au sol qui désigneraient  l’emplacement de trésors) et la ville de Londres. Celle-ci est décrite comme une ville de lumière et de progrès avec une invention telle que celle du cinématographe  (clin d’œil de Coppola.)   

                   

Le tournage :

Tout le film est tourné en studio,   l’ironie est que Murnau pour son  Nosferatu est un des premiers à tourner en extérieur mais il ne bénéficiait pas des effets spéciaux contemporains.   Coppola a confié le travail sur les  effets du film à son fils, Roman ainsi qu’à une autre équipe qui travaillait en parallèle. Il fait appel aussi à Jim Steranko éditeur du magazine « prevue » pour trouver un maximum d’idées de mise en scène incluant des compositions originales. Celui-ci  réalisera 58 décors répartis sur six plateaux différents dans les locaux du studio Sony.

Les conditions de tournage sont proches de celles qu’aurait exigées le début du siècle. Les effets spéciaux tiennent presque d’une magie ancienne que perpétraient les premiers réalisateurs. Cette volonté participe à l’effet général du film mais cela est dû aussi à un budget assez  léger pour les « trucages. »

Cependant la contrainte du studio pour rendre les scènes d’extérieures très réalistes va nécessiter l’utilisation d’un ordinateur.  Le tournage se déroulera du 14 octobre 1991 au 31 janvier 1992, cette rapidité étant permise par le contrôle en studio.

La réalisation des 150 costumes est confiée à la styliste Eiko Ishioda, son travail est important car elle  participe à l’ambiance générale du film. L’intérêt esthétique est souligné par l’inspiration du vêtement du comte, sorti des  tableaux de Gustave Klimt tel que son  armure rouge, couleur du sang et de la passion, qui ressemble à celle du guerrier dans La frise Beethoven. Ou encore sa riche parure faite d’une composition de différents morceaux typiques de ce peintre.  Cela restitue bien le climat artistique de l’époque et du mouvement  symboliste souligné aussi par l’absinthe « la petite fée verte » qui fit des ravages chez les artistes. La couleur verte se retrouve dans de nombreux plans du film. Lors d’une réception, Lucy et Mina ont toutes deux des robes vertes mais Mina a une broderie de feuilles alors que celle de Lucy représente des serpents. L’emploi d’une gamme chromatique très riche permet de retranscrire une certaine poésie qui participe à cette  adaptation  romantique.  

 

Les effets spéciaux :

Coppola n’a pas d’idée précise et laisse libre court à l’imagination de son fils. Ce dernier va donc renouer avec d’anciennes techniques oubliées depuis, des vieux « trucs » tels que les jeux de miroirs, les différentes vitesses de bandes, la double exposition,...  Cela donne une  dimension esthétique particulière au film et cela en fait une de ses  grandes qualités.

Le film commence par une scène de  bataille se déroulant en 1462 en  Roumanie, cela situe d’emblée le personnage principal.

Les ombres chinoises apportent  déjà  un intérêt visuel pour le film et  nécessitent peu de moyen et cela est une manière originale de commencer l’histoire.

Le rendu esthétique est indéniable, l’ambiance générale est définie avec les tonalités sombres et rouges qui  embrasent les images.

La scène dans le château où Vlad renie son église a nécessité une grande  quantité de sang. Celui– ci a été obtenu grâce à un  mélange de confiture de  cerises. Il est préférable pour les acteurs que ce mélange soit agréable au possible quand on se rend compte que des  centaines de litres ont été utilisés. Imaginez la panique  lorsque des barils ont éclaté recouvrant le plateau de ce liquide rouge et collant.

Pour le bras démesurément long de Dracula déguisé en cocher qui attrape  Jonathan  Harker, l’effet est simple. Il s’agit juste d’une astuce   mécanique. Gary Oldman est assis sur un siège mobile, il pivote mais seul son bras est filmé.

Lorsque Dracula arrive dans Londres, l’impression qu’il s’agit d’un vieux film est simplement due à l’utilisation d’une caméra Pathé du   début du  siècle.

La vapeur verte est rendue grâce à des jeux de miroirs  interposés où s'écoule de la glace liquide sur du  velours noir et le tout sous un éclairage vert. Cela est tourné à l’envers et une fois la pellicule remise dans le bon sens, la vapeur semble monter.

L’avantage de ces vieux procédés est que le résultat est immédiat, il n’y a pas besoin d’attendre le montage  numérique.

Une des plus belle réussite du film est la technique de peinture sur verre pour les décors. Cela est dû au travail du  studio Matte World créé par Michael Pangrazio et Craig Barron. Ils ont travaillé sur Star Trek VI et Batman le défi pour ne  citer que ces titres. Ils ont aussi réalisé des  maquettes 3D pour les premiers plans, nécessaires pour un meilleur rendu de perspective et de travail de  lumières.

A la fin du film, la neige est en fait du talc saupoudré devant les peintures.

L’obligation de ne tourner qu’en studio a posé un grand problème pour le voyage en train de Jonathan Harker. La solution a été apportée par le studio Fantasy II fondé en 1980. Les fondateurs, Leslie Huntley et Gene Warren Jr. ont travaillé sur Terminator 1 et 2 et Abyss.  Tout le décor, la caméra et le train miniature étaient en mouvement sur des rails. Un décalage entre la vitesse de la caméra et celle du train permit de rendre l’illusion d’une chaîne de montagnes qui ne mesurent en réalité que quelques centimètres de haut. En effet, la caméra qui filmait le train avançait de deux mètres alors que le décor reculait en même temps d’un mètre.  Si les deux avaient eu la même vitesse l’illusion d’optique n’aurait pas fonctionnée.

Un ordinateur a donc été employé pour garder une vitesse constante entre les deux éléments, se sera le seul moment où un appareil sophistiqué sera  employé.

Tous les jeux d’optique et de perspective forcée  seront employés pour créer des illusions de  lointain et de grandeur comme le château de Dracula, superbe maquette! La superposition d’images va  permettre de réaliser des effets simples tels que l’œil de paon qui se transforme au plan suivant en sortie de tunnel.

Cela est aussi utilisé pour les  carnets des différents protagonistes comme le journal de Jonathan Harker ou encore lors du voyage tumultueux du Déméter. Coppola rappelle ainsi le format  épistolaire que stocker avait choisi pour son roman.

Le maquillage : Gary Oldman va en l’espace d’un film changer de visage et de corps plusieurs fois. Ce travail délicat va être confié à un  maquilleur qui a  déjà travaillé sur des films de vampires tels que Génération perdue, Vamp et Vampire, vous avez dit vampire? II. Greg   Cannom va donc  déployer des trésors d’ingéniosité pour  rendre les différents aspects du comte, il sera aidé par Matthew Mungle qui va réaliser les prothèses en latex.

Le travail le plus important sera celui du comte lui-même car pour rendre son visage et ses mains aussi âgés, il faudra quatre heures pour poser douze morceaux de latex sur le visage et des prothèses sur les mains.

L’homme chauve-souris n’était pas prévu dans le scénario mais cette idée créée par le maquilleur et Gary  Oldman a séduit Coppola. Cela était aussi surtout plus impressionnant qu’une simple chauve souris. Ce costume a été créé à partir d’argile et de mousse de latex collés sur un  justaucorps très  moulant. Puis des poils ont été  rajoutés et le visage recouvert par trois parties de latex dont les jointures étaient camouflées par des poils. Ce fut le costume le plus pénible à porter et au bout de quelques heures, l’acteur finit par le déchirer ne le supportant plus et heureusement que des doublures sont prévues pour les remplacements.

Pour le loup-garou, il s’agissait juste d’une  combinaison à  fermeture éclair dans le dos et bien sur trois prothèses pour le visage.

Pour le visage du comte terrassé à la fin par les  chasseurs, le maquillage fut composé des morceaux de latex du vieux Dracula avec des éléments de l’homme chauve souris pour accentuer son identité double mi-humain mi-créature de la nuit.

La pauvre Lucy (Sadie Frost) tourmentée dans son propre caveau fut aussi le jouet d’effets spéciaux très contraignant. Elle dût garder la bouche grande ouverte pendant deux heures pour la prise de vue où elle crache du sang. Deux petits tuyaux près de la bouche, reliés dans le dos à un réservoir et un petit ventilateur dans la bouche permirent de rendre cet effet. Pour la tête tranchée, il s’agit d’un automate comme souvent d’ailleurs (souvenez-vous du Théâtre des vampires de Paris et la vengeance de Louis dans le film Entretien avec un  vampire.)

Quant à Mina, sa brûlure sur le front est un ingénieux système. Pour la fumée, elle provient d’un tuyau placé dans la manche de Van Helsing et un cercle au dos de l’hostie reste coller sur le front de l’actrice et suggère ainsi une brûlure.

Les effets spéciaux sont donc souvent assez simples mais utilisés à bon escient. Il en résulte un film à l’esthétique  exceptionnelle qui apporte à l’image du vampire un point de vue certes romantique mais en  développant sa complexité d’être surnaturel pourvu de pouvoirs qui dépassent les hommes même les plus valeureux.

Le point de vue différent des personnages permet d’apporter une diversité du personnage vampirique qui n’est pas seulement un prédateur qu’il faut détruire.

Cette adaptation est une réussite qui rend honneur à ses prédécesseurs. Coppola rend hommage à d’autres réalisateurs tels que Murnau, dont il reprend les flammes bleues de Faust ou encore Jean Cocteau, avec le mélange des prises de vue et des effets de transparence, ainsi que le bras qui tient une bougie dans la belle et la bête et qui se retrouve ici en jeux d’ombres dans le château.

Le casting :

Winona Ryder est la  première à lire le scénario de James V. Hart  initialement destiné à la télévision. Elle le propose à Coppola qui lui avait dit de lui proposer un  scénario qui lui plaisait pour combler le fait qu’elle ne put jouer dans le Parrain 3 à cause d’une maladie. C’est ainsi que Coppola s’intéressa au début de l’année 1991 à Dracula. Son adaptation est destinée à faire de Mina, une héroïne bien plus forte que les chasseurs et ce point de vue féminin contribue à l’originalité de ce film. L’actrice, qui n’a alors que 21 ans, allie avec succès la fragilité des sentiments et la force qui paradoxalement en résulte.

Le comte Dracula est  interprété par Gary Oldman. Les acteurs pressentis pour le rôle étaient  Daniel Day-Lewis et  Jeremy Irons mais c’est finalement lui qui fut choisi pour son charme simple et sa grande sensibilité. Acteur britannique, adopté par  Hollywood, il  arrive à merveille à allier le charme du comte à la bestialité de cet être qui se voue au mal. Il lui faudra de la patience car six heures par jour seront nécessaires pour  lui faire revêtir les différents traits du comte.

Keanu Reeves joue le rôle de Jonathan Harker, ce jeune clerc de notaire ambitieux qui réalise très vite qu’il est dans une situation dangereuse. Sa curiosité va le pousser à explorer le château et sa fidélité envers Mina sera durement mise à l’épreuve par les voluptueuses concubines du comte.

Anthony Hopkins campe un docteur Van Helsing qui allie   sciences et ésotérismes. Il voue une fascination pour le vampire et ses pouvoirs. Sa tenue quelque peu cavalière contribue à faire de lui un personnage frustre. Il connaît le vampire mais n’arrive pas à déjouer totalement ses plans. Mina est la seule qui peut arrêter le comte.

Sadie Frost fait ses débuts sur le grand écran dans le rôle de la belle Lucy qui charme la plupart des hommes et qui va devenir de ce fait la proie du  vampire.

Renfield, qui est loin d’être fou mais qui a compris que le comte bénéficiait de grands pouvoirs, est interprété par Tom Waits. En plus de ses apparitions à l’écran en tant qu’acteur, il est aussi compositeur et chanteur.

Les autres rôles masculins n’ont pas posé de problèmes dans leur distribution.  L’étrange Docteur Seward est joué par Richard E.Grant. Cary Elwes interprète l’heureux élu de Lucy,  Arthur Holmwood et Quincey Morris, le jeune américain, est joué par Bill Campbell qui tourne ici pour la deuxième fois.

Un casting de plus de 600 actrices et qui a duré de longs mois a été  nécessaire pour trouver ces créatures sensuelles mais démoniaques que sont les trois vampires du château. Seront choisi Monica Bellucci, mannequin italien, Michaela Bercu, mannequin israélien qui fait ses débuts et Florina Kendrick fut choisi pour son charme et pour apprendre aux acteurs à parler en roumain

Ce film bénéficie d’une richesse  visuelle qui permet au vampire de  revêtir un autre visage plus complexe que le simple séducteur.

VD 

 

 



 




 

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